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sens... Umar Timol

Umar Timol:la poésie, comme quête de sens

Depuis quelques années déjà, la parole poétique d'Umar Timol s'est fait connaître à travers la presse locale. Il y a peu, elle a pu donner sa pleine mesure à travers un recueil, La Parole Testament suivi de Chimie, publié par les éditions L'Harmattan en France. L'occasion pour le poète, lors d'une rencontre organisée la semaine dernière au CCB, de partager ce qu'il considère, en toute modestie, comme une quête. Quête des mots pour dire quête de sens, exprimée avec quelques écueils mais aussi de belles fulgurances.

Umar Timol dit avoir toujours été fasciné par la lecture, les mots écrits, imprimés, les livres. Un amour qui lui a été transmis par sa mère. Par la suite, il y a eu, pour l'étudiant, la lecture, déterminante, des Fleurs du Mal de Baudelaire, l'influence du film Le cercle des poètes disparus de Peter Weir. L'écriture en a découlé. Et le jeune poète remercie particulièrement Sedley Assonne, qui lui a "ouvert une brèche" en publiant ses poèmes au temps où il était à l'express.

Aujourd'hui, Umar Timol déclare modestement qu'il apprend encore à écrire. Et que c'est cette recherche permanente qui se traduit dans le recueil qui a été publié cette année par les éditions L'Harmattan, dans sa collection Poètes des cinq continents. Certes, être poète pourrait répondre à une quête de reconnaissance sociale, reconnaît-il. Mais celle-ci risque fort d'être frustrée dans une île Maurice où "les gens se moquent de la culture, de la poésie", prévient Umar Timol. Qui estime qu'il y a chez nous "un malentendu scolaire" autour de la poésie, qui prend une image "un peu ringarde".

Une impulsion de mots

Plus fondamentalement, la poésie représente pour lui "une quête de sens". Par rapport au monde qui nous entoure, mais aussi par rapport à soi-même, aux contradictions, voire aux zones d'ombre qui nous constituent. "Dans ma vie quotidienne, je me retrouve souvent confronté au sentiment qu'il y a un autre monde qui nous habite, de façon sous-jacente, et puis soudain il y a une barrière qui cède, c'est là que surgit le poème. Quand j'écris, il y a comme une impulsion de mots, extrêmement violente, extrêmement colorée", raconte-t-il. Ce qui se lit très clairement dans son recueil, qui s'organise en deux parties.

La deuxième, Chimie, est une collection de textes divers qui disent aussi bien des faits de société, la révolte devant la guerre, que l'amour pour une femme. Mais c'est sans doute dans la première partie, intitulée La Parole Testament, que se situe la vraie sève de ce recueil. Se déclinant comme une suite qui pourrait constituer un seul long poème, La Parole Testament dit en fait tout ce que représente l'écriture et la parole pour le jeune poète. Pour lui, en effet, "une des caractéristiques de la poésie est le refus de la langue ordinaire". D'où sa volonté, clairement affirmée, de "détourner, casser" les mots, leurs associations et leurs sens. Mais cela pas de façon gratuite, pas pour le seul plaisir du jeu de mots et de sonorités. On le sent bien, Umar Timol voudrait "dépouiller le langage, pour aller au-delà, atteindre la part d'indicible en soi". En ce faisant, il y a certes des tâtonnements. Le poète use, et parfois abuse, de néologismes aux fortunes diverses: noms communs transformés en verbes ("elle bourrasque frénétique", "elle embolie des parterres de sang"); mots composés (la ville-pute, les buildings-univers, le picoté-mur); et si certaines images sont très parlantes ("j'écorce ta pudeur"), d'autres peuvent laisser perplexe ("je menotte tes larmes").

Le choix de la "langue-errance"

Dans le poème Tenaille, le poète dit bien la difficulté de vivre "entre la langue-matrice et la langue maîtresse". Et son choix, au final, de "la langue errance", pour laquelle il "contorsionne grammaire perverse". Le tout pour dire à quel point, pour lui, "la parole est impérieuse". C'est bien ce que met en lumière Ananda Devi, qui signe la préface de ce recueil, lorsqu'elle parle de "la poésie centrifuge d'Umar Timol, centrifuge dans laquelle se déversent et sont broyés les mots, pour être restitués avec la dense pulsation d'une veine tranchée".

Ce premier recueil d'Umar Timol dit au fond l'authenticité d'une quête faite aussi bien d'interrogations et de révoltes que d'amour et de désir de croire. En l'autre, en une femme, en un enfant, en un certain sens du divin. Le tout exprimé à travers une langue qui témoigne d'une vraie recherche, qui reste encore à être affinée par certains aspects mais qui se révèle aussi originale et forte de sens par d'autres aspects. Le poète annonce un deuxième recueil à paraître vers avril-mai 2004, toujours chez L'Harmattan. Un nouveau diptyque, intitulé Sang et Toi. La poursuite de sa quête.

 

Shenaz Patel, Week-End